La forme « je vous rejoindrais » avec un -s final correspond au conditionnel présent du verbe rejoindre. Sans ce -s, « je vous rejoindrai » exprime un futur simple. Toute la difficulté tient à une seule lettre, mais le sens de la phrase bascule entre une action programmée et une action hypothétique.
Radical partagé entre futur et conditionnel : la clé de la conjugaison
Futur simple et conditionnel présent se construisent sur le même radical. Pour rejoindre, ce radical est « rejoindr- ». Ce qui change, ce sont les terminaisons ajoutées après ce radical commun.
Terminaisons du futur simple : -ai, -as, -a, -ons, -ez, -ont. Terminaisons du conditionnel présent : -ais, -ais, -ait, -ions, -iez, -aient.
Cette règle vaut pour tous les verbes français sans exception. Autrement dit, si le radical du futur d’un verbe est connu, celui du conditionnel l’est aussi, puisque c’est le même. Retenir cette mécanique unique simplifie la conjugaison de centaines de verbes d’un coup.

Futur simple ou conditionnel présent : choisir selon le sens de la phrase
Le futur simple situe une action dans l’avenir avec certitude ou engagement. « Je vous rejoindrai à 18 heures » annonce un fait prévu. Le locuteur s’engage sur cette action.
Le conditionnel présent introduit une condition, un souhait ou une éventualité. « Je vous rejoindrais volontiers si mon train arrivait à l’heure » soumet l’action à une hypothèse. Rien n’est garanti.
Trois contextes où le conditionnel s’impose
- L’hypothèse liée à une condition : « Si j’avais le temps, je vous rejoindrais ce soir. » La proposition en « si » est à l’imparfait, la principale au conditionnel présent.
- La demande polie ou le souhait : « Je voudrais un renseignement. » Le conditionnel atténue l’affirmation.
- Le futur dans le passé : « Il m’a dit qu’il me rejoindrait à la gare. » L’action future est rapportée depuis un moment passé, ce qui impose le conditionnel.
Dans chacun de ces cas, remplacer le conditionnel par un futur simple modifierait le sens ou produirait une phrase grammaticalement incorrecte.
Le piège « si j’aurais » et la règle du « si »
Une erreur persistante consiste à placer un conditionnel juste après « si » conditionnel. La phrase « si j’aurais su » est fautive. Après « si » conditionnel, on emploie l’imparfait, jamais le conditionnel.
La construction correcte suit un schéma strict :
- Si + présent de l’indicatif → futur simple dans la principale. Exemple : « Si je pars tôt, je vous rejoindrai avant midi. »
- Si + imparfait → conditionnel présent dans la principale. Exemple : « Si je partais tôt, je vous rejoindrais avant midi. »
- Si + plus-que-parfait → conditionnel passé dans la principale. Exemple : « Si j’étais parti tôt, je vous aurais rejoint avant midi. »
Retenir ce mécanisme suffit à éliminer la faute « si j’aurais », encore fréquemment relevée dans les copies d’examens et les concours administratifs.
Verbes irréguliers au futur et au conditionnel : les radicaux à surveiller
La confusion entre futur et conditionnel ne se limite pas à la terminaison -ai/-ais. Les verbes irréguliers modifient leur radical, ce qui ajoute une difficulté supplémentaire.
Quelques radicaux irréguliers fréquents :
| Verbe | Radical futur/conditionnel | Futur (je) | Conditionnel (je) |
|---|---|---|---|
| faire | fer- | je ferai | je ferais |
| aller | ir- | j’irai | j’irais |
| venir | viendr- | je viendrai | je viendrais |
| pouvoir | pourr- | je pourrai | je pourrais |
| voir | verr- | je verrai | je verrais |
| envoyer | enverr- | j’enverrai | j’enverrais |
Les doubles consonnes (pourr-, verr-, enverr-) posent un problème distinct de la terminaison. Une erreur sur le radical (« je voirai » au lieu de « je verrai ») est tout aussi fréquente qu’une confusion -ai/-ais. Vérifier le radical avant de choisir la terminaison évite une double faute.

Astuce de relecture pour distinguer futur et conditionnel
À l’oral, la différence entre « je rejoindrai » et « je rejoindrais » est souvent inaudible. À l’écrit, un test simple permet de trancher : remplacer « je » par « nous ».
Avec « nous », la distinction devient nette. « Nous vous rejoindrons » (futur, terminaison -ons) sonne très différemment de « nous vous rejoindrions » (conditionnel, terminaison -ions). Si la phrase appelle « nous rejoindrions », alors la forme en « je » prend un -s : « je rejoindrais ».
Ce test fonctionne pour tous les verbes, réguliers comme irréguliers, et ne demande aucune analyse grammaticale poussée. Il repose uniquement sur l’oreille.
Appliquer le test à d’autres verbes courants
Prenons le verbe « pouvoir ». « Je pourrai terminer ce rapport demain » ou « je pourrais terminer ce rapport demain » ? Avec « nous » : « nous pourrons » indique un futur certain, « nous pourrions » une éventualité. La bonne forme se choisit selon le degré de certitude du locuteur.
Même logique pour « savoir » : « je saurai » (nous saurons) face à « je saurais » (nous saurions). Le passage par « nous » lève l’ambiguïté en une seconde, quel que soit le verbe testé.
La maîtrise du couple futur/conditionnel tient finalement à trois points : un radical identique pour les deux temps, des terminaisons qui ne diffèrent que par leur longueur, et l’interdiction du conditionnel après « si ». Appliquer le test de substitution par « nous » au moment de la relecture reste le moyen le plus fiable de ne plus hésiter entre « je vous rejoindrai » et « je vous rejoindrais ».

